Dissertation Philosophique Sur La Technique

Dissertation Philosophique Sur La Technique-22
Avant de clore cette troisième partie, comment ne pas consa­crer quelques lignes à l’empire récent des « nouvelles techno­logies » ?Un léger vertige déstabilise pendant un court instant la trajectoire et l’aplomb du candidat.Ayant réussi à li­quider la nature (reprendre ici l’image frappante de Bernard Stiegler : nous continuons à désigner sous le vocable de vache ou de betterave des objets techniques conçus dans des ateliers qui ressemblent beaucoup à la nature), la technique n’est-elle pas en mesure, en passe, ou n’a-t-elle pas déjà liquidé aussi l’esthétique, après avoir peut-être absorbé l’art puisqu’il ne figure déjà plus au générique ?

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Il n’ignore pas enfin le rôle qu’elle a joué, à ses côtés, dans la lutte à mort qu’il lui a fallu soutenir contre l’aca­démisme et, souvent, il lui arrive de s’interroger rétrospectivement sur le devenir qui aurait été le sien sans l’irruption providentielle de la photographie et du cinéma ; aujourd’hui, il attend beaucoup de la vidéo et de toutes les nouvelles images qu’autorise l’usage de l’informatique.

Aux aventures plus étroites que nouent conjointement la tech­nique et l’esthétique (décidément, il n’aime guère ce mot, pris dans quelque chose de froid, de raide et de suffisant, qui l’indispose et l’irrite), il ne trouve cependant rien à redire car l’attitude intégriste lui a toujours été étrangère tandis qu’il accueille avec une bienveillante attention les produits des greffes et des métissages.

Est-il seulement possible, s’interroge-t-il angoissé, d’esquisser en quelques lignes, sous le double rapport de la technique et de l’esthétique, le paysage qui s’ouvre ces jours-ci, à la quadruple enseigne du numérique, de l’interactivité, du virtuel et du temps réel ?

Connaissant la réponse à une telle question, n’ignorant (presque) rien de l’abondante litté­rature sur le sujet, il estime l’esquisse improbable et cherche une issue honorable du côté de l’esquive.

Inutile d’annoncer le plan, cette précaution signe trop un esprit scolaire. Elle s’ouvrira sur une description très légèrement apocalyp­tique, dont la technique en majesté constituera le thème central.

Sa toute-puissance, son omniprésence, son impérialisme, son emprise sur le territoire, sur la vie physique et psychique de l’homme, le dopage constant que la science lui assure – feront l’objet d’une affirmation massive et peu nuancée.Si tel est bien le cas, nul doute que cette épreuve soit conçue pour marginaliser tous ceux dont les bases théoriques, fragiles ou lacunaires, vacillent et flottent entre des concepts dont le maniement n’est pas nécessairement le point fort.De cette intuition, est-il abusif de déduire qu’à moins de vouloir prendre des risques inconsidérés, le candidat non philo­sophe, inquiet de cette invitation à une partie de trapèze volant avec Adorno, aura tout intérêt à se glisser dans le moule préformé de la dissertation traditionnelle, offrant son plan dialectique en trois parties (thèse, antithèse, synthèse) comme filet de sécurité. Elle se limitera pour l’essentiel à la définition des deux termes (prévoir quelques recherches rapides dans un bon dictionnaire de langue, dans un dictionnaire philosophique et dans l’).Elle expliquera chemin faisant l’afflux massif d’objets destinés à la vie quotidienne, produits en grande quantité, décou­plant la conception de la production et elle ajoutera, sans men­tionner ici sa dette à l’égard de François Loyer, comment ce découplage fit vaciller les statuts et désorganisa les hiérarchies traditionnelles du travail.Enchaînant sur l’inquiétude de quelques bons esprits témoins de cette évolution et sur la lutte passionnée qu’ils menèrent pour infléchir son cours par la réintroduction de la qualité, du style et de la beauté dans une production de masse guettée par une dégradation irréversible, elle finira par arriver sur le site du happening.Sou­ligner d’emblée la complexité du sujet, ainsi que l’abondance d’analyses et de commentaires, souvent contradictoires, qu’il a générée.L’introduction s’achèvera sur une interrogation naïve : quid de l’art dans cette affaire ?Beaucoup de nostalgie, décidément, dans cette cérémonie qui finirait par ressembler aux cycles répétitifs engendrés par une machine de Morel, s’il n’y avait pas les vivants, lesquels, fort heureusement, chantent et dansent comme au premier jour : ceux de Memphis autour d’Ettore Sottsass, Andreas Branzi, Roger Tallon, Richard Sapper, Andrée Putman, Mario Botta, Gaëtano Pesce, Philippe Starck, Gae Aulenti, Enzo Cucchi, Ingo Maurer, sans compter les japonais – Shiro Kuramata, Toshiyuki Kita, pour ne citer que ces deux-là – et les plus jeunes : Marc Charpin, Mattali Crasset, Karim Rashid, Marc Saddler… La fête bat son plein et c’est à peine si on remarque un person­nage solitaire, occupé, semble-t-il, à remâcher un message dans lequel, pour autant qu’il soit possible d’entendre, il est question du lien entre l’effort d’imagination et de pensée auquel les formes, les objets et les images créés par les pères fondateurs doivent d’exister et le déploiement simultané d’utopies généreuses qui se fracas­sèrent plus tard dans le siècle, non sans avoir auparavant provoqué quelques sérieux dégâts.Comment, marmonne-t-il, comment faire l’impasse sur la traîne inquiétante d’ombre, de terreur et de nuit que le cortège enthousiaste et visionnaire de ces noces bruyam­ment acclamées par l’industrie et, plus encore, par le commerce, laisse dans son sillage ?Les statues de Léon de Laborde, d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, de John Ruskin et de William Morris seront dressées, telles des figures tutélaires, à l’entrée d’icelui.Le fait que les approches et les points de vue de ces honorables gentlemen aient été fort dissemblables ne sera pas prise en compte, car seule im­porte pour l’occasion la croisade qu’ils menèrent avec fougue et simultanément pour favoriser le mariage.

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